Temps mort

J’ai toujours voulu écrire des petits textes à propos du quotidien, de ce que je vois, de ce que j’entends, sauf que je ne savais pas comment m’y prendre. Mais ce n’est plus le cas. C’est pour ces raisons que j’abandonne encore une fois un blog pour en ouvrir un autre.

Je vous présente mon nouveau sanctuaire : matinsroses.wordpress.com où je publierai ce que je veux quand je veux.

Merci pour cette aventure et à bientôt j’espère.

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Parfois la douceur de vivre

Traversée par des ondes de bonheur intense. Envahie par un sentiment de sérénité jusque là inconnu. Submergée par des vagues d’amour, de douceur, de tendresse et de bienveillance. Le coeur gonflé de chaleur. La jalousie a fondu au soleil. La seule envie qui reste est celle de vivre le sourire aux lèvres. De faire du bien aussi.

Dire à ce jeune homme dégingandé, mal attifé,  l’air paumé, que je le trouve terriblement sexy. Réconforter cette jeune femme au regard soucieux. Lui faire remarquer combien son écharpe est stylée, noire avec des motifs cosmiques ; planètes, étoiles, constellations. Sourire à cette femme voilée aux yeux superbement maquillés. Comprendre et compatir pour cet homme marquée par les fracas de la vie… Des ados racisées qui téléphonent à leur mère pour savoir si elles peuvent aller avec leurs ami-e-s au kebab après les cours. Espérer qu’elles pourront.

En cet instant les gens sont beaux dans toute leur différence et leur vulnérabilité. Héros et héroïnes du quotidien sans le savoir. Ignorant leur force, leur pouvoir. C’est peut-être ce qui les rend encore plus magnifiques et attachants. Anonymes passagers, ensemble le temps d’un trajet.

Du réconfort

tumblr_pfrmzuBvRz1tkbry6_500Entre les crises d’angoisse, la dépression, le chômage, la peur de l’abandon, l’hôpital psy, les remises en question, j’ai appris à trouver du réconfort dans les petits riens.

Parmi les choses qui me détendent et me font du bien il y a…

La lueur de bougie(s), mon petit chat, le soleil, siroter une boisson chaude (café ou infusion) en fumant, manger un bon petit plat (chaud de préférence), m’enrouler dans un plaid, une couette, une couverture, prendre un bain chaud avec quelques gouttes d’huile essentielle de citronnelle, mettre des cotons imbibées d’eau de bleuet sur mes paupières, écouter du son relaxant mais pas badant comme celui de Jinsang, d’Engelwood ou encore Philanthrope, regarder un film (d’animation), une série, un anime que j’aime, ne plus réussir à décrocher d’un livre…

Amère

tumblr_pblxtxZmay1v3tafbo4_1280Depuis quelques jours je prends conscience de toutes les choses concrètes et utiles que j’aurais pu faire si je n’avais pas eu des traumas, un passé pourri et aucune confiance en moi.

Dès 16 ans j’aurais appris à conduire et commencé à travailler. J’aurais pu faire baby-sitter, vendeuse, guichetière, magasinière… J’aurais été indépendante. Je serais sortie non pas pour essayer de supporter une souffrance indicible, mais pour m’amuser et profiter de la vie. Je n’aurais pas côtoyé des gens toxiques. J’aurais sûrement eu plus d’ami-e-s et de relations (amoureuses). J’aurais choisi d’être libraire, fleuriste, ou vendeuse dans une papeterie, une animalerie, un magasin d’art, de disques, de fringues gothiques… Au lieu de tout ça je me suis égarée dans un rêve mégalo et des mauvaises soirées.

Je me suis perdue très tôt et pendant trop longtemps. Consumée par le néant je me suis accrochée à une utopie. Pour combler l’inexistence de confiance en moi j’ai imaginé devenir journaliste et voyager partout dans le monde pour le changer. Cette idée et les virées nocturnes ont été des masques, des prétextes et des moyens archaïques de survie. Il aura fallut attendre 15 ans pour qu’ils volent en éclats, et 3 ans de plus pour que j’y vois plus clair.

C’est très désagréable de constater le gâchis, le temps perdu et le retard accumulé. Ce qui me console c’est de savoir que j’ai réglé les grands problèmes de ma vie. Depuis je prends de plus en plus confiance en moi.

Je ne suis tiraillée par des conflits intérieurs, familiaux, métaphysiques et existentiels. Je n’en souffre plus. Ma dépression et mon anxiété sont stabilisées. Je sais qui je suis et l’assume entièrement. J’en suis même parfois fière. Ce qui m’emmerde ce sont es galères « communes », partagées par de nombreux êtres humains surtout de ma génération. C’est trouver un taf, avoir un appart. C’est goûter à l’indépendance et à la stabilité financière.

Pink Floyd et fleurs des champs

tumblr_pf5i62L6BJ1tkbry6_500Ce weekend je suis allée chez mes grands-parents en Picardie. Pour la première fois depuis très longtemps j’ai passé un bon moment. Les fantômes du passé ne sont pas revenus me hanter. Aucun sentiment de malaise n’est venu troubler ma tranquillité. Je n’ai pas eu non plus à m’enivrer pour rendre ce séjour plus supportable.

Je me suis beaucoup promenée avec mon petit chat, un joint dans la main et mon smartphone dans l’autre ; pour prendre des photos de tout et rien. Là entre les fleurs et les arbres j’ai retrouvé des sensations, des souvenirs de mon enfance. Mais contrairement à il y encore quelques mois, le rappel de cette époque ne m’a pas perturbé. Les images enregistrées par mon cerveau ne sont plus recouvertes par un voile sombre et douloureux. Elles ne sont plus salies ni gâchées par les traumatismes.

J’ai réussi. J’ai déjoué la mécanique de la souffrance. Je nous ai libéré, moi et mon petit frère. D’ailleurs je vois bien comme il a changé depuis octobre 2015 et même depuis l’année dernière. Peu à peu il retrouve sa véritable nature ; celle que j’avais presque tué il y a 15 ans. Le voilà à nouveau joyeux, blagueur, dynamique, curieux et câlin. Il est là, vivant, éveillé, rieur, charismatique à l’extrême. Il ne lui manque plus que la confiance en soi.

L’ordre et l’équilibre sont revenus. Tout le monde reprends sa place. Mon petit frère redevient cet être lumineux et inconscient de plaire, d’apaiser, d’attirer, d’intéresser. Celui vers qui on se tourne et papillonne. Celui qui fait rire et impressionne. Surtout ma mère. Cette dernière semble parfois lui vouer un culte, le porter au rang de divinité. C’est une des raisons qui m’a fait vriller et détester mon frère pendant des années. C’est un des faits qui m’ont poussé à le détruire pour tenter de prendre sa place. Pourtant lui-même comme mon père et mes grands-parents m’avaient déjà mis sur un piédestal, mais il me manquait l’attention de ma mère et de tous les êtres humains.

Maintenant plus personne ne me met sur un piédestal et c’est très bien ainsi. J’ai récupéré mon statut de rêveuse discrète et solitaire. Je ne cherche plus à attirer les projecteurs sur moi. Je sais que c’est épuisant et plus artificiel qu’autre chose. Enfin en ce qui me concerne, car je vois bien que pour mon frère c’est totalement naturel et inconscient.

Ce matin ma mère est venu me dire : « Désolée si ce weekend tu t’es sentie un peu écartée, que j’étais plus avec ton frère, j’ai bien vu tes regards, mais c’est différent, j’ai un autre rapport avec lui. » Elle ne s’en rend pas compte mais c’est une façon polie d’exprimer qu’elle le préfère à moi. Je l’ai toujours su et ressenti mais c’était trop violent et ingérable pour la petite fille que j’étais. Elle préfère mon frère car il est plus avenant, plus gentil, plus calme, plus généreux, plus proche de ses valeurs et de son idée de l’enfant. Je le comprends et l’accepte car je n’attends plus rien d’elle.

Je place mes espoirs en moi, en mon frère, en mes ami-E-s, mon petit chat et mon humain préféré.

JE SUIS LIBRE.

Blue coffee

tumblr_pdk8fy9KTc1v3tafbo4_1280L’été est passé. Les feuilles commencent à tomber.

La psychothérapie familiale a pris fin me laissant désabusée, mais au moins j’ai fait tout ce que je pouvais, j’ai dit ce que j’avais à dire. Depuis je ne vois presque plus mon père et c’est tant mieux.

J’ai aussi arrêté la psychothérapie que j’avais entamé en octobre 2015, quand ma vie a volé en éclats pour mieux se reconstruire. J’ai arrêté parce que je ne ressentais plus le besoin, la nécessité et surtout parce que ça coûter cher surtout quand on n’a pas de boulot et qu’on est au RSA comme moi. C’est d’ailleurs ce qui me préoccupe le plus en ce moment. Le fait d’être sans emploi depuis plus d’un an et de ne pas réussir à trouver du travail est une source d’angoisse quasi permanente.

Parfois l’envie de tout abandonner me submerge et les idées suicidaires reviennent. Puis j’entends miauler. Alors je me souviens qu’il y a 6 mois j’ai voulu un petit chat, que j’ai attendu 3 mois avant de l’avoir, que maintenant j’en suis responsable et que je n’ai pas le droit de me foutre en l’air. Non je n’ai pas le droit de le laisser seul alors que je l’ai tant désiré et que maintenant il est là à me demander plein d’amour et à m’en donner en retour. Je sèche mes larmes, passe de l’eau sur mon visage, respire et repars. Mon petit chat cavale, fait une pirouette et j’éclate de rire.

Même s’ils se sont estompés, les souvenirs de mon séjour en hp sont encore vivaces. Le temps a beau passer, un rien peut m’y renvoyer. Il suffit d’une porte fermée, d’un repas, de certains aliments (omelette, choux-fleurs…), d’une douche, d’un lit à faire, d’un vêtement, d’un mot pour que les sensations me reviennent… Intactes et terribles. Non l’hp ce n’est pas pareil que la prison. Non ce n’est pas pire. Pourtant l’une de tes plus grandes peurs quand tu sors c’est de croiser dehors des gens qui étaient en hp avec toi ; soignant-e-s comme patient-e-s. T’as peur car eux ils t’ont vu dans les pires états, car eux ils savent… Comme quand t’as été en prison et que t’en sors.

On ne sort jamais indemne de l’hp. Quoiqu’il arrive, passer des semaines, des mois voire des années enfermé-e ça marque à vie. L’être humain n’est pas fait pour vivre entre 4 murs.

Dans les moments d’abattement comme maintenant, me souvenir de ma descente en enfer et de mon séjour en hp m’aident à me relever. Je me rappelle que j’ai fait et vécu le plus dur. Je me remémore mon mal être constant, cet état indescriptible qui ne peut malheureusement qu’être vécu pour être compris. Mais à présent c’est fini. Ce que je croyais impossible à réaliser est fait.

J’ai survécu à la dépression, à l’angoisse, à l’hôpital psy. Ce n’est pas la recherche d’un travail qui m’aura.

 

Ashes to ashes

tumblr_p8izvzkF4g1v3tafbo2_1280Il y a un an je passais mon mois de juillet entre la vie et la mort. Après avoir passé une semaine à pleurer, boire des cafés, fumer des clopes, dormir sans réussir à me reposer, j’atterrissais à l’hôpital psychiatrique. J’y passais un mois qui allait radicalement changé ma vie.

Il y a un an j’entendais les feux d’artifices du 14 juillet depuis ma chambre de malade. Plusieurs patient-e-s s’étaient retrouvé-e-s et essayaient de trouver le meilleur endroit pour admirer le spectacle. Iels m’avaient proposé d’être des leurs mais j’étais arrivée il y a une semaine. Tout était encore trop frais et je ne voulais pas voir des feux d’artifices à travers des barreaux. Je me suis réfugiée dans ma chambre, comme je l’ai très souvent fait pendant les deux premières semaines de mon séjour. Je suis partie pleurer, écrire et lire. Mais je n’ai pas oublié leurs yeux brillants quand iels m’ont parlé de voir les feux d’artifices, et leur attitude de jeunes adolescents bien qu’iels soient adultes depuis longtemps.

L’être humain a beau souffrir et être enfermé, il tente de toujours de garder son âme et sa sensibilité. En tout cas c’était notre cas à tous et toutes, nous, les taré-e-s.

Cette année j’ai vu les feux d’artifices. Celui de ma ville avec Jim et deux collègues à lui. Ceux des environs lors du 14 juillet, sur la colline avec Naton, son frère Bist et leurs ami-e-s. Et surtout j’ai celui de mon être tout entier. Celui de mon coeur, de mon corps, de mon esprit. Je me suis vue scintiller, crépiter, briller dans le ciel malgré sa noirceur et les erreurs du passé.